Mutation du commerce alimentaire parisien

Une étude de l’Apur détaille la progression des commerces bio et locaux dans la capitale. Une offre tirée par les grandes enseignes et les quartiers centraux.

Des supérettes à bas coûts qui disparaissent d’un côté, tandis qu’essaiment les magasins bio de l’autre. C’est une puissante mutation du commerce alimentaire parisien que vient de décrire l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur)  dans une étude sur l’offre d’alimentation durable dans la capitale.

Le nombre de points de vente de produits bio ou locaux a doublé en quinze ans, passant de 123 à 245. Pour les auteurs, ce sont les grandes enseignes qui ont d’abord alimenté cette dynamique.

Entre 2003 et 2018, les supermarchés bio sont passés de 33 à 157. Sept marques concentrent le marché, dont, au premier rang, Naturalia, avec 63 magasins, suivi par la quarantaine de boutiques de Bio C’Bon.

Cette dernière, comme Biocoop, La Vie Claire ou les Nouveaux Robinsons représentent les supérettes spécialisées, qui captent 25 % de ce marché mais seulement 7 % du secteur de l’alimentation parisien.

L\'offre d\'alimentation durable a doublé en quinze ans à Paris

La grande distribution n’est pas restée à l’écart du mouvement : Casino a racheté Naturalia en 2008 puis a lancé des marques locales dans ses enseignes comme Monoprix.  Le groupe teste également cinq magasins Franprix Noé 100 % bio, imité par Carrefour et Auchan dans quelques points de vente.

Durables, éthiques et abordables

L’Apur cite également le développement des épiceries bio et locales indépendantes, comme Causses, qui sont au nombre d’une petite centaine aujourd’hui, « un véritable renouveau dans le paysage commercial de Paris depuis le début des années 2000 ».

Chez les primeurs, ils représentent 20 % de l’offre, mais, au final, cela reste quand même marginal : 2 % des magasins spécialisés. Quant aux 93 marchés traditionnels de la ville, quatre sont exclusivement bio et un cinquième doit ouvrir prochainement place du Père-Chaillet, dans le 11e.

Enfin, l’étude mentionne l’initiative de la mairie : elle a créé deux halles alimentaires de Bichat et Broussais qui ambitionnent de proposer des produits durables et éthiques tout en restant abordables aux Parisiens plus modestes.

Le maillage de ces commerces est relativement étendu dans la capitale, même si le 11e arrondissement, très bobo par exemple, concentre 10 % de l’offre et 5 des 20 arrondissements disposent de plus de 5 points de vente au kilomètre carré. Les quartiers périphériques représentent néanmoins la moitié des commerces . Le 13e et le 3e arrondissement ont connu plus de 500 % d’augmentation en quinze ans. Cela reste aussi un marché sociologiquement marqué avec des quartiers de l’Ouest (8, 16, 17) peu équipés.

L’étude signale toutefois que de nouvelles formes de distribution tendent à rééquilibrer l’offre à travers 120 points de vente. Une soixantaine d’Amap (Association de maintien de l’agriculture paysanne) irriguent par exemple des quartiers moins commerçants. La Ruche qui dit Oui ! ou de nouveaux acteurs innovants (Rutabago,  PotagerCity , etc.) s’appuient sur un réseau de magasins de quartier.

Un repas par an

De nombreux quartiers restent néanmoins dépourvus, alors que le plan d’alimentation durable 2015-2020 de la mairie prévoit que 25 % de la consommation parisienne soit produite en Ile-de-France.

La mairie a, par exemple, lancé son plan parisculteur qui encourage des plantations sur les terrasses, toits, parcelles en pleine terre. Une quinzaine d’hectares seraient déjà sécurisés et doivent produire plus de 1.200 tonnes de légumes et fruits à terme, un objectif surtout symbolique : il représente un repas par Parisien par an. La capitale devra donc compter sur la région pour atteindre ses objectifs.

Sauf qu’actuellement, la production francilienne reste à 82 % concentrée sur les grandes cultures, et 70 % de l’alimentation parisienne vient de province, seuls 10 % venant de la région. De nombreuses initiatives venues des collectivités mais aussi d’acteurs privés comme l’entreprise Terroirs d’Avenir ou l’association Fermes d’avenir cherchent à relancer le maraîchage durable en Ile-de-France.

Sources : Les Echos / Apur

Etude disponible : ICI

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